—Comme ça... il va tout doucement, madame Bougnol....
—C'est pourtant pas faute de soins—dit celle-ci d'un air revêche...—c'est qu'il s'entête alors, car il a son nègre, M. Targu, que c'est une adoration d'homme, quoi, de voir comme il s'oublie pour son maître....
—Il est vrai que c'est un bien fidèle serviteur... il ne le quitte pas d'un moment....
—Ça n'empêche pas qu'il est encore bon enfant, le nègre, de rester comme ça domestique d'un vieux grigou qui ne lui donne rien... puisque c'est au contraire le domestique qui nourrit son maître, c'est encore du propre....
—C'est un vertueux domestique, madame Bougnol, et c'est un exemple que les autres ne suivent malheureusement pas toujours....
—Et puis que ça doit être une fameuse scie... un muet... pas le moyen de causer... Mais, après tout, il parlerait que ça serait tout de même, car on dirait que son nègre a peur qu'on ne lui mange son maître; personne ne peut l'approcher.
—C'est qu'il est apparemment jaloux de son affection—dit le médecin, fatigué de la longueur de la conversation, et cherchant à passer adroitement entre le mur et la portière.
Mais celle-ci qui le guignait de l'œil, et suivait tous ses mouvements, faisant toujours face à l'ennemi, rendit cette tentative inutile, et continua.
—Monsieur, quelle est donc sa maladie, à ce pauvre vieux? est-ce vrai qu'il est fou?... Pendant les deux premiers mois qu'il est venu loger ici, il se portait comme un charme, et voilà près d'un an qu'il est si malingre qu'il n'est pas descendu une fois dans la rue....
—Et il n'y descendra peut-être plus jamais—dit le docteur en secouant tristement la tête, et essayant de forcer le passage de vive force.