Le second blanc que j'ai haï, mais d'une haine aussi brûlante que le feu... aussi aiguë que la pointe d'un couteau, aussi vivace que l'apios qui fleurit chaque jour....
C'est toi... toi, Tom Wil, colon, planteur de la Jamaïque...—
Le colon voulut se lever, et, faible qu'il était, retomba sur son fauteuil en faisant entendre un gémissement sourd....
Le nègre continua:
—Garde tes gémissements pour plus tard... ce n'est pas encore l'heure; Tom Wil, planteur de la Jamaïque... Tom Wil, qui fus riche à millions... Tom Wil, qui fus tendre père, heureux mari... plus tard... tu gémiras... tu pleureras du sang....
S'il avait fallu, vois-tu, comparer la haine que je portais au négrier qu'on a pendu à celle que je te portais à toi, Tom Wil, j'aurais dit que je l'aimais, lui, comme un frère....
Et pourtant mon cœur a bondi de joie en voyant son supplice....
Enfin, sais-tu ce que tu m'as fait, Tom Wil? le sais-tu?
Pour de l'or, tu as vendu mon sang... un pauvre vieillard qui ne demandait qu'un peu de maïs et de soleil pour vivre quelques jours encore, et puis mourir;... pour de l'or... tu l'as fait supplicier du supplice d'un voleur et d'un assassin....
C'était mon père... Tom Wil! le vieux Job! c'était mon père! Comprends-tu maintenant?—