—Consoler ses derniers moments...—dit le noir en rugissant—Oh! non, non... il est fou....

—Ô mon Dieu...—dit le prêtre avec un accent de regret et de tristesse—Ô mon Dieu, recevez-le toujours dans votre saint paradis....

—Et puis il est homicide, assassin; il a tué mon père...—

Dit Atar-Gull, hors de lui... en se tordant sur le lit du colon.

—Monsieur l'abbé—dit la portière—faites pas attention, ce pauvre M. Targu est fou lui-même de chagrin de voir son maître s'en aller; depuis un an qu'il est ici, il le soigne comme son père, il le nourrit; à chaque heure du jour ou de la nuit il est debout à ses côtés... La douleur l'égare... le pauvre garçon.

—Ô monsieur—dit Atar-Gull en se précipitant aux genoux du prêtre, les yeux baignés de larmes—ô monsieur, faites qu'il vive.... On dit votre Dieu bon et juste... qu'il vive... le colon,... qu'il vive... voyez-vous, il le faut, il me faut sa vie... vous ne savez donc pas que c'est par là seulement que je tiens à l'existence.... Tenez... monsieur, qu'il vive... je foule aux pieds mes fétiches, qui furent ceux de mes pères... et j'embrasse votre religion... mais qu'il vive... oh! qu'il vive!... par pitié qu'il vive!

—Digne et cher serviteur—dit le prêtre attendri—Dieu l'appelle à lui... la volonté de l'homme n'y peut rien... mais si la religion ne peut vous le rendre... elle vous consolera de sa perte....

—Monsieur l'abbé, le locataire se meurt—dit la Bougnol...—je puis mettre écriteau, n'est-ce pas?...

L'abbé se tira des mains d'Atar-Gull, et s'approcha du colon.

Le pauvre Will était hors d'état de rien entendre, il reçut machinalement les sacrements et mourut....