MARCEL.—«Espère.., et prie toujours...
A ce moment, Hortense presque fascinée par les regards froids et fixes de Marcel, sentant son cœur battre, ses yeux se voiler, se jeta à genoux; et pâle, égarée, agitée d'un affreux pressentiment, tendit ses mains suppliantes à Marcel qui, debout,—imposant et terrible, les bras croisés, lui jetait un affreux sourire du haut de sa grande taille...
On cria bravo dans toute la salle, ce bruit rappela Hortense à elle, pourtant ce fut avec un accent de terreur indéfinissable qu'elle récita en balbutiant.
«Othello.... Je sais que vous êtes fatal quand vos yeux roulent ainsi... Pourquoi craindrais-je? je n'en sais rien, car je ne me connais pas de crime, et pourtant je sens que je crains...
Puis Hortense ne pouvant surmonter la terreur que lui inspirait Marcel, ajouta du ton le plus déchirant, oui j'ai peur;... oh j'ai peur. Et elle tomba à genoux presqu'anéantie... toute palpitante.
L'auditoire sembla partager cet effroi. Par un instinct singulier quelques personnes se levèrent à demi, il y avait au fond du cœur de chacun comme une conviction que ce n'était plus Othello et Desdémona; mais Hortense et Marcel.—Qu'il s'agitait là entre eux deux, si isolés au milieu de tout ce monde,—une question de sang et de vengeance.—On éprouvait un serrement de cœur, un trouble indéfinissable, mais chacun restait ébahi, attribuant à l'admiration ce qu'il éprouvait d'incompréhensible.
—Madame de Lussan elle-même ne put s'empêcher de dire:—Cette scène me fait un mal affreux!—si l'on cessait?—Du tout... ils sont admirables dit Georges.—On continua.
MARCEL.—«Pense à tes péchés!
HORTENSE.—«C'est l'amour que je vous porte!...
MARCEL.—«Et c'est pour cela que tu meurs, femme parjure et frivole...»