«Roméro, te souviens-tu d'une autre fois... où Perdita... cette femme que je haïssais, sans savoir pourquoi, appelait en vain tes regards qui ne quittaient plus mes yeux... mes yeux qui te souriaient... qui te disaient...—aime-moi... je t'aimerai mieux qu'elle.—Te souviens-tu encore, Roméro, de ce jour où tes premières caresses m'avaient comme enivrée; que j'étais toute pâle; que mes lèvres étaient blanchies, mes yeux fermés, et qu'il me fallut tomber dans tes bras, tant l'émotion était irrésistible et profonde!
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«Roméro, te souviens-tu de cette belle, belle étoile du soir qui se levait si étincelante derrière les orangers, et que me la montrant, tu disais:—Mon ange, vois-tu notre étoile,—mystérieux emblème d'un amour caché!—Combien de fois nos yeux l'ont suivie dans sa course et l'y suivront encore.—Oh! j'aime cette étoile, parce que nous l'avons admirée ensemble, et que de bien douces pensées s'y rattachent. Aussi, combien je maudis le nuage jaloux qui me la dérobe parfois, ma belle étoile.—Je le maudis comme je maudis ta mantille quand elle me cache ton regard;—comme je maudis le bruit qui couvre ta voix. Et puis encore, mon ange adoré, j'aime cette étoile, parce que, indifférente à tous, elle n'est précieuse qu'à moi seul. Pareille à un cœur aimant, ignoré de tous, et connu d'un seul:—Brille, brille parmi tes sœurs, belle étoile; décris ta courbe, monde inconnu, et emporte avec toi un secret que tu ignores.—Va! c'est un confident discret, Méina, et si tu ne m'oublies pas, confie-lui chaque soir une pensée ou un souvenir. Car chaque soir je passe de longues heures à lire dans son disque scintillant.
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«—Roméro, te souviens-tu de ce petit enfant aux longs cheveux bouclés:—Tu étais loin de moi, je baisais sa petite bouche si fraîche et si rose, et puis je l'envoyais vers toi... Tu la baisais aussi... Et cette jolie bouche enfantine servait ainsi de messagère à nos baisers...
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«—Roméro, te souviens-tu de cette lettre que tu m'écrivais en partant, et qui commençait ainsi:
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«Sais-tu que l'amour rend cruel, Méina? tiens vois-tu, loin de toi, je souffre une torture affreuse... oh! affreuse. Eh bien j'aurais une joie ineffable à savoir que tu souffres aussi;—que toi aussi tu as de ces brisements de l'âme... à chaque doute, à chaque pensée d'oubli...—Que toi aussi tu éprouves de ces terreurs profondes, de ces moments de rage et de désespoir, qui font naître les vœux les plus atroces... car quelquefois Méina...—pardonne,—quelquefois j'ai désiré te savoir morte... morte... Maintenant que tu m'as aimé...—Mais, dis-le... dis,... ange adoré,... éprouves-tu cela, toi? Oh, si tu l'éprouvais aussi,—si chaque battement douloureux de mon cœur répondait dans le tien si, alors que pleurant loin de toi... je dis, Méina,—ton cœur m'entendait et répondait—Roméro!....
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