Les femmes comme Emma aiment bien que leur amant rêve,—mais quand elles ne sont pas là.—Au bal,—dans le monde,—au milieu d'un cercle de jolies personnes coquettes et légères,—oh qu'il rêve alors... rien de mieux... mais en tête-à-tête—c'est à n'y pas tenir.—Aussi le pur Albert fut-il arraché à sa méditation par la pression d'une petite main qui s'appuya sur son épaule et par le son d'une jolie voix qui lui dit:

—A quoi pensez-vous donc,.. Albert?

Par une de ces anomalies psychologiques, par une de ces contradictions du cœur, par un de ces bizarres caprices de l'âme que l'homme n'expliquera jamais, Albert jusque là si timide répondit, sans doute emporté par une exaltation passionnée.

«—Je pense à vous, Emma!!!

«—Vrai... oh! si vous saviez quel plaisir vous me faites en me disant cela,... Albert, répondit-elle d'une voix émue...»

Et je ne sais non plus comment la main de la jeune fille descendit de l'épaule, pour s'arrêter sur la main d'Albert, qui frissonnant de tout son corps sentant l'impression électrique de cette peau douce et fraîche, s'écria...

«—Pardonnez-moi, Emma... je sais que je suis bien coupable...»

—Le fat,—pensait Emma en disant pourtant: «—je vous pardonne,.... Albert,..., mais répétez que vous pensez souvent à moi...»

—Et, comme elle avait, par pudeur, dit ces mots à voix basse, sa figure était tout proche de celle d'Albert, quand il s'écria de nouveau...—«J'y pense toujours à vous, Emma, malheureusement et malgré moi.... toujours!...

Je ne sais encore par quel nouveau hasard la bouche d'Emma se trouvait si près de la bouche d'Albert, quand il prononça ces derniers mots;—mais ce fut entre deux baisers qu'elle demanda: «—Albert, vous m'aimez donc... et qu'il répondit: «—Emma, pour la vie...»