Après quoi se levant brusquement, égaré, pâle, tremblant comme s'il venait de commettre un crime,—il se précipita hors du salon,—y laissant Emma radieuse, rose, animée, qui après un long soupir... murmura ce mot avec un accent de reconnaissance et d'espoir ineffable.

—Enfin!!!

CHAPITRE V.

Une fois seul dans sa chambre Albert se prit à penser à tout ce que sa conduite avait d'infâme, de déloyal, de lâche; il se reprocha vingt fois d'avoir séduit une jeune fille qu'il ne pouvait pas épouser de si long-temps, d'avoir abusé du droit sacré de l'hospitalité—pour faire sa déclaration bien avant le temps marqué pour que son notaire fît la sienne au notaire de sa future,—de s'être exposé enfin au mépris d'Emma;—car, combien Emma ne devait-elle pas mépriser un homme assez peu maître de ses passions pour oser insulter une innocente jeune fille par l'aveu d'un amour déshonnête...

Aussi, Albert ayant passé la nuit la plus affreuse, se décida à prendre un parti violent qu'il exécuta le lendemain.

Au point du jour il partit, après avoir demandé à sa mère la permission d'aller visiter un de ses grands oncles qui demeurait à la ville voisine,—promettant de revenir le soir même...

Le matin, Emma ignorant ce cruel départ,—Emma qui s'était endormie bercée par un doux rêve,—Emma se leva, plus heureuse, plus souriante que jamais,—tant elle comptait sur l'influence de ce baiser qu'elle avait presque ravi au chaste Albert.

Oh! qu'il y avait de joie puissante et intime épanouie dans l'âme de cette jeune fille qui aimait et qui se savait aimée;—comme elle grandissait à ses yeux,—comme elle méprisait ses compagnes qui n'en étaient peut-être encore qu'à l'amour filial,—comme elle répétait avec fierté ces jolis mots:—mon amant!—comme elle était plus belle.