Il sera donc irrévocablement démontré... que dans tout état social ou barbare, la vertu est une rare et précieuse exception, une anomalie, un phénomène, tandis que tous les hommes naissent organiquement envieux et égoïstes.

—Ceci est le vrai.

—Or, dès qu’un homme retrace avec naïveté le vrai—on l’accuse d’émettre un système désespérant.

—Il s’est trouvé au contraire des philosophes, qui pénétrés de ce dicton—qu’on ne doit point parler d’échafaud devant un condamné—ont voilé cette vérité, et l’ont remplacée par cette fausseté flagrante:

Dans notre état social les hommes enfin rapprochés, polis par la civilisation, sont serviables, purs, généreux, dévoués;—le vice seul est une rare et odieuse exception. Nous sommes régénérés.

—Ceci est le faux.

—Or, on a vanté, loué les philosophes qui émettaient un système si consolant.

A mon avis c’était à tort;—car ils agissaient, ce me semble, comme ces gens qui pour chasser la peste, brûlent des parfums au lieu d’employer des sanifiants dont l’âcreté pénétrante blesse l’odorat; mais rend l’air pur et viable au lieu de masquer sa corruption et sa fétidité.

Et ce qui m’a toujours paru fort singulier—c’est que ces dangereuses utopies, ces rêves de perfectionnements anti-naturels soient justement éclos de cette école philosophique du dix-huitième siècle;—école fausse, athée, impie, régicide, dont les adeptes joignaient aux vices élégants de la cour les passions envieuses et brutales de la populace.

Or, ces systèmes sociaux et politiques basés sur la perfectibilité,—ont je crois, opéré l’effet tout contraire à celui qu’en attendaient les inventeurs.