Puis la critique qu’il suppose exercée par le public,—celle-ci moins amère, plus bienveillante, plus facile et plus juste.
Mais il arrive souvent, que ces deux critiques diffèrent essentiellement dans leurs résultats; car la critique du public blesse ordinairement à mort, ce qui était la joie, l’espérance, la conscience de l’écrivain.
Où il voyait, lui, un but utile et élevé, le public voit une pensée mauvaise et dangereuse.
Cette idée m’est venue hier,—en relisant ce recueil de contes, dans lequel la morale,—comme on dit, ne paraîtra sans doute pas assez respectée.
Or,—comme il n’est pas, à mon avis,—de rôle plus abject, plus infâme, que celui d’un homme qui spécule sur l’immoralité,—je dois non m’en défendre, car je ne crois pas qu’on puisse m’attaquer sous ce rapport,—mais bien poser ce que j’entends par la morale.
A mon sens,—la condition première de toute œuvre morale est la vérité.
Des critiques, gens de goût, de conviction et de haut savoir, m’ont reproché,—de m'être attaché,—dans la Salamandre, à prouver que le plus souvent il n’y avait que vice et infamie sur la terre:—et qui pis est,—vice heureux et vertu souffrante.—Ils m’ont encore reproché de ne rien montrer de consolant,—et d'être désespérant.
Mais aucun n’a attaqué la vérité de ce que j’avançais.
Cela ne pouvait être autrement.
Maintenant que cette vérité a été adoptée,—me permettra-t-on d’essayer de démontrer que les conséquences que je tâche d’en tirer, en montrant la société telle que j’ai cru la voir,—que ces conséquences sont peut-être,—consolantes,—au lieu d'être désespérantes,—ainsi qu’on l’a dit.