— Je ne peux rien dire à ce sujet, mais vous avez trop de coeur, monsieur le bourgmestre, pour me donner tort sans m'écouter… ce n'est pas un homme comme vous qui ferait une injustice… oh! cela se voit tout de suite.
En se résignant ainsi, malgré lui, au rôle de _courtisan, _Dagobert adoucissait le plus possible sa grosse voix, et tâchait de donner à son austère figure une expression souriante, avenante et flatteuse.
— Un homme comme vous, ajouta-t-il en redoublant d'aménité, un juge si respectable… n'entend pas que d'une oreille.
— Il ne s'agit pas d'oreilles… mais d'yeux, et quoique les miens me cuisent comme si je les avais frottés avec des orties, j'ai vu la main du dompteur de bêtes horriblement blessée.
— Oui, monsieur le bourgmestre, c'est bien vrai; mais songez que s'il avait fermé ses cages et sa porte, tout cela ne serait pas arrivé.
— Pas du tout, c'est votre faute: il fallait solidement attacher votre cheval à sa mangeoire.
— Vous avez raison, monsieur le bourgmestre; certainement, vous avez raison, dit le soldat d'une voix de plus en plus affable et conciliante. Ce n'est pas un pauvre diable comme moi qui vous contredira. Cependant, si l'on avait, par méchanceté, détaché mon cheval… pour le faire aller à la ménagerie… vous avouerez n'est-ce pas? que ce n'est plus ma faute; ou du moins, vous l'avouerez si cela vous fait plaisir, se hâta de dire le soldat, je n'ai pas le droit de vous rien commander.
— Et pourquoi diable voulez-vous qu'on vous ait joué ce mauvais tour?
— Je ne le sais pas, monsieur le bourgmestre, mais…
— Vous ne le savez pas… eh bien! ni moi non plus, dit impatiemment le bourgmestre. Ah! mon Dieu! que de sottes paroles pour une carcasse de cheval mort!