Il passa dans la marine, et fit deux voyages aux Antilles.

De là la source d'_Atar-Gull, _de là l'explication de ces magnifiques paysages qui semblent entrevus dans un pays de fées, à travers les déchirures d'un rideau de théâtre.

Puis il revint en France. Une bataille décisive se préparait contre les Turcs. Eugène Sue s'embarqua, comme aide-major, à bord du _Breslau, _capitaine La Bretonnière, assista à la bataille de Navarin, et rapporta comme dépouilles opimes un magnifique costume turc qui fut mangé au retour, velours et broderie.

Tout en mangeant le costume turc, Eugène Sue, qui prenait peu à peu goût à la littérature, avait fait jouer, avec Desforges, Monsieur le marquis.

Enfin, vers le même temps, il faisait paraître, dans _La Mode, _la nouvelle de _Plick et Plock, _son point de départ comme roman.

Sur ces entrefaites, le grand-père maternel d'Eugène Sue mourut, lui laissant quatre-vingt mille francs, à peu près. C'était une fortune inépuisable.

Aussi le jeune poète, qui avait vingt-quatre ans, et qui, par conséquent, était sur le point d'atteindre sa grande majorité, donna-t-il sa démission et se mit-il dans ses meubles.

Nous disons se mit _dans ses meubles, _parce qu'Eugène Sue, artiste d'habitudes comme d'esprit, fut le premier à meubler un appartement à la manière moderne; Eugène Sue eut le premier tous ces charmants bibelots dont personne ne voulait alors, et que tout le monde s'arracha depuis: vitraux de couleur, porcelaines de Chine, porcelaines de Saxe, bahuts de la Renaissance, sabres turcs, criks malais, pistolets arabes, etc.

Puis, libre de tout souci, il se dit que sa vocation était d'être peintre, et il entra chez Gudin, qui, à peine âgé de trente ans alors, avait déjà sa réputation faite.

Nous avons dit qu'Eugène Sue dessinait, ou plutôt croquait assez habilement; il avait, je me le rappelle, rapporté de Navarin un album qui était doublement curieux, et comme côté pittoresque, et comme côté artistique.