Trois hommes sont réunis dans cette masure, éclairée par une lampe d'argile où brûle une mèche de fil de cocotier imbibée d'huile de palmier.

Le premier de ces trois hommes, âgé de quarante ans environ, est pauvrement vêtu à l'européenne; son teint pâle et presque blanc annonce qu'il appartient à la race métisse; il est issu d'un blanc et d'une Indienne.

Le second est un robuste nègre africain, aux lèvres épaisses, aux épaules et aux jambes grêles, ses cheveux crépus commencent à grisonner; il est couvert de haillons, et se tient debout auprès de l'Indien.

Un troisième personnage est endormi et étendu sur une natte dans un coin de la masure.

Ces trois hommes étaient les chefs des Étrangleurs, qui, poursuivis dans l'Inde continentale, avaient cherché un refuge à Java, sous la conduite de Mahal le contrebandier.

— Le Malais ne revient pas, dit le métis, nommé Faringhea, le chef le plus redoutable de cette secte homicide, peut-être a-t-il été tué par Djalma en exécutant nos ordres.

— L'orage de ce matin a fait sortir de la terre tous les reptiles, dit le nègre, peut-être le Malais a-t-il été mordu… et à cette heure son corps n'est-il qu'un nid de serpents.

— Pour servir la _bonne oeuvre, _dit Faringhea d'un air sombre, il faut savoir braver la mort…

— Et la donner, ajouta le nègre.

Un cri étouffé, suivi de quelques mots inarticulés, attira l'attention de ces deux hommes, qui tournèrent vivement la tête vers le personnage endormi. Ce dernier a trente ans au plus, sa figure imberbe et d'un jaune-cuivre, sa robe de grosse étoffe, son petit turban rayé de jaune et de brun, annoncent qu'il appartient à la plus pure race hindoue; son sommeil semble agité par un songe pénible, une sueur abondante couvre ses traits, contractés par la terreur; il parle en rêvant; sa parole est brève, entrecoupée, il l'accompagne de quelques mouvements convulsifs.