En effet, un peu au-dessous de la saignée, sur la partie interne de l'avant-bras, on voyait écrit d'un rouge vif le nom de Bohwanie, en caractères hindous. L'officier courut au Malais, découvrit son bras; il vit le nom, les mêmes signes: non content encore, il s'assura que le nègre et l'Indien les portaient aussi.

— Misérable! s'écria-t-il en revenant furieux vers Djalma, tu inspires plus d'horreur encore que tes complices. Garrottez-le comme un lâche assassin, dit-il aux soldats, qui ment au bord de la fosse, car son supplice ne se fera pas longtemps attendre.

Stupéfait, épouvanté, Djalma, depuis quelques moments les yeux fixés devant ce tatouage funeste, ne pouvait prononcer une parole ni faire un mouvement; sa pensée s'abîmait devant ce fait incompréhensible.

— Oserais-tu nier ce signe? lui dit l'officier avec indignation.

— Je ne puis nier… ce que je vois… ce qui est… dit Djalma avec accablement.

— Il est heureux… que tu avoues enfin, misérable, reprit l'officier. Et vous, soldats… veillez sur lui… et sur ses complices… vous en répondez.

Se croyant le jouet d'un songe étrange, Djalma ne fit aucune résistance, se laissa machinalement garrotter et emmener. L'officier espérait, avec une partie de ses soldats, découvrir Faringhea dans les ruines, mais ses recherches furent vaines; et au bout d'une heure il partit pour Batavia, où l'escorte des prisonniers l'avait devancé.

* * * *

Quelques heures après ces événements, M. Josué Van Daël terminait ainsi le long mémoire adressé à M. Rodin, à Paris:

«…Les circonstances étaient telles que je ne pouvais agir autrement; somme toute, c'est un petit mal pour un grand bien. Trois meurtriers sont livrés à la justice, et l'arrestation temporaire de Djalma ne servira qu'à faire briller son innocence d'un plus pur éclat.