— Oui, mais la princesse est sa tante; son intendant fait les affaires de Mlle Adrienne: que l'on vienne de sa part ou de celle de la princesse, c'est toujours la même chose.
— Peut-être M. Rodin a-t-il dessein d'acheter la terre… Pourtant cette grosse dame qui est venue de Paris exprès, il y a huit jours, pour voir le château, paraissait en avoir bien envie.
À ces mots, le régisseur se prit à rire d'un air narquois.
— Qu'est-ce que tu as donc à rire, Dupont? lui demanda sa femme, très bonne créature, mais qui ne brillait ni par l'intelligence ni par la pénétration.
— Je ris, répondit Dupont, parce que je pense à la figure et à la tournure de cette grosse… de cette énorme femme; que diable, quand on a cette mine-là, on ne s'appelle pas Mme de la Sainte- Colombe. Dieu de Dieu… quelle sainte et quelle colombe… elle est grosse comme un muid, elle a une voix de rogomme, des moustaches grises comme un vieux grenadier, et, sans qu'elle s'en doute, je l'ai entendue dire à son domestique: «Allons donc, mon fiston…» Et elle s'appelle Sainte-Colombe!
— Que tu es singulier, Dupont! on ne choisit pas son nom… Et puis ce n'est pas sa faute, à cette dame, si elle a de la barbe.
— Oui, mais c'est sa faute si elle s'appelle de la Sainte- Colombe; tu t'imagines que c'est son vrai nom, toi?… Ah! ma pauvre Catherine, tu es bien de ton village…
— Et toi, mon pauvre Dupont, tu ne peux pas t'empêcher d'être toujours, par-ci, par-là, un peu mauvaise langue; cette dame a l'air respectable… La première chose qu'elle a demandée en arrivant, ç'a été la chapelle du château dont on lui avait parlé… Elle a même dit qu'elle y ferait des embellissements… Et quand je lui ai appris qu'il n'y avait pas d'église dans ce petit pays, elle a paru très fâchée d'être privée de curé dans le village.
— Eh! mon Dieu, oui, la première chose que font les parvenus, c'est de jouer à la dame de paroisse, à la grande dame.
— Mme de la Sainte-Colombe n'a pas besoin de faire la grande, puisqu'elle l'est.