— Du secours!… S'ils sont entraînés sur ces récifs… aucune puissance humaine ne pourra les sauver; depuis l'équinoxe, deux navires se sont déjà perdus sur cette côte.

— Perdus… corps et biens! Ah! c'est affreux, dit M. Rodin.

— Par cette tempête, il reste malheureusement aux passagers peu de chances de salut; il n'importe, dit le régisseur en s'adressant à sa femme; je cours sur les falaises, avec les gens de la ferme, essayer de sauver quelques-uns de ces malheureux: fais faire grand feu dans plusieurs chambres… prépare du linge, des vêtements, des cordiaux… Je n'ose espérer un sauvetage… mais enfin il faut tenter… Venez-vous avec moi, monsieur Rodin?

— Je m'en ferais un devoir, si je pouvais être bon à quelque chose; mais mon âge, ma faiblesse… me rendent de bien peu de secours, dit Rodin, qui ne se souciait nullement d'affronter la tempête. Madame votre femme voudra bien m'enseigner où est la chambre verte, j'y prendrai les objets que je viens chercher, et je repartirai à l'instant pour Paris, car je suis très pressé.

— Soit, monsieur; Catherine va vous conduire. Et toi, fais sonner la grosse cloche… dit le régisseur à sa servante; que tous les gens de la ferme viennent me retrouver au pied des falaises avec des cordes et des leviers.

— Oui, mon ami; mais ne t'expose pas.

— Embrasse-moi, ça me portera bonheur, dit le régisseur. Puis il sortit en courant et en disant:

— Vite… vite, à cette heure il ne reste peut-être pas une planche des navires!

— Ma chère madame, auriez-vous l'obligeance de me conduire à la chambre verte? dit Rodin toujours impassible.

— Veuillez me suivre, monsieur, dit Catherine en essuyant ses larmes, car elle tremblait pour le sort de son mari, dont elle connaissait le courage.