Eugène Sue fit alors, avec Desforges, une comédie intitulée le
Fils de l'Homme.

Les souvenirs de jeunesse se réveillaient chez Eugène Sue; il se rappelait que Joséphine avait été sa marraine et qu'il portait le prénom du prince Eugène.

La comédie faite, elle resta là; la réaction orléaniste avait été plus vite que les auteurs.

D'ailleurs, Desforges, l'un des coupables, était devenu le secrétaire du maréchal Soult. On comprend que le maréchal Soult, qui devait tout à Napoléon, aurait eu de grandes répugnances à voir jouer une pièce en l'honneur de son fils.

Mais l'amour-propre d'auteur est une passion bien impérieuse; on a vu de pauvres filles trahir leur maternité par leur amour maternel.

Un jour, Desforges avait déjeuné avec Volnys; après ce déjeuner, il tira la pièce incendiaire de son carton et la lut à Volnys.

Volnys était fils d'un général de l'Empire qui n'avait pas été fait maréchal; son coeur se fondit à cette lecture.

— Laissez-moi le manuscrit, dit-il; je veux relire cela.

Desforges laissa le manuscrit; six semaines s'écoulèrent. Le bruit se répandit sourdement dans le monde littéraire qu'il se préparait un grand événement au Vaudeville.

On demandait ce que pouvait être cet événement; Bossange était alors directeur du Vaudeville; Bossange, le collaborateur de Soulié dans deux ou trois drames; Bossange, qui était alors et qui est encore aujourd'hui un des hommes les plus spirituels de Paris, Déjazet était un des principaux sujets de son théâtre.