On les savait capables de tout à eux deux.

Un soir, Desforges, curieux de savoir quel était cet événement littéraire que couvait le Vaudeville, était venu dans les coulisses. Il rencontre Bossange et veut l'interroger à ce sujet. Mais Bossange était trop affairé.

— Ah! mon cher, lui dit-il, je ne puis rien entendre ce soir: imaginez-vous qu'Armand est malade et nous fait manquer le spectacle, de sorte que nous sommes obligés de donner au pied levé une pièce qui était en répétition et qui n'était pas sue. Voyons, monsieur le régisseur, Déjazet est-elle prête?

— Oui, monsieur Bossange.

— Alors, frappez les trois coups et faites l'annonce que vous savez.

On frappa les trois coups; on cria: «Place au théâtre!» et force fut à Desforges de se ranger comme les autres derrière un châssis.

Le régisseur, en cravate blanche, en habit noir, entra en scène et dit, après les trois saluts d'usage:

— Messieurs, un de nos artistes se trouvant indisposé au moment de lever le rideau, nous sommes forcés de vous donner, à la place de la seconde pièce, une pièce nouvelle qui ne devait passer que dans trois ou quatre jours. Nous vous supplions d'accepter l'échange.

Le public, auquel on donnait une pièce nouvelle au lieu d'une vieille, couvrit d'applaudissements le régisseur. La toile tomba pour se relever presque aussitôt. En ce moment, Déjazet descendait de sa loge en uniforme de colonel autrichien.

— Ah! mon Dieu! s'écria Desforges, à qui un éclair traversa le cerveau, que joues-tu donc là?