— Oui, votre temps d'héroïsme et de gloire, dit Agricole avec exaltation; puis il ajouta d'une voix profondément tendre et émue: — Sais-tu que c'est beau et bon d'être ton fils?…

— Pour beau… je n'en sais rien… pour bon… ça doit l'être, car je t'aime fièrement… Et quand je pense que ça ne fait que commencer, dis donc, Agricol! Je suis comme ces affamés qui sont restés deux jours sans manger… Ce n'est que petit à petit qu'ils se remettent… qu'ils dégustent… Or tu peux t'attendre à être dégusté… mon garçon… matin et soir… tous les jours… Tiens, je ne veux pas penser à cela: tous les jours… ça m'éblouit… ça se brouille; je n'y suis plus…

Ces mots de Dagobert firent éprouver un pressentiment pénible à Agricol; il crut y voir le pressentiment de la séparation dont il était menacé.

— Ah çà! tu es donc heureux! M. Hardy est toujours bon pour toi?

— Lui!… dit le forgeron, c'est ce qu'il y a au monde de meilleur, de plus équitable et de plus généreux; si vous saviez quelles merveilles il a accomplies dans sa fabrique! Comparée aux autres, c'est un paradis au milieu de l'enfer.

— Vraiment!

— Vous verrez… que de bien-être, que de joie, que d'affection sur tous les visages de ceux qu'il emploie, et comme on travaille avec plaisir… avec ardeur!

— Ah çà! c'est donc un grand magicien que ton M. Hardy!

— Un grand magicien, mon père… il a su rendre le travail attrayant… voilà le plaisir… En outre d'un juste salaire, il nous accorde une part dans ses bénéfices, selon notre capacité, voilà pour l'ardeur qu'on met à travailler; et ce n'est pas tout: il a fait construire de grands et beaux bâtiments où tous les ouvriers trouvent, à moins de frais qu'ailleurs, des logements gais et salubres, et où ils jouissent de tous les bienfaits de l'association… Mais vous verrez, vous dis-je… vous verrez!

— On a bien raison de dire que Paris est le pays des merveilles. Enfin, m'y voilà… pour ne plus te quitter, ni toi ni la bonne femme.