— C'est inutile… nous causerons ici.
Puis, s'adressant au marquis, au docteur et au baron, elle leur dit:
— Messieurs, veuillez vous asseoir.
Ceux-ci prirent place autour de la table du cabinet de la princesse.
— Et en quoi l'entretien que nous devons avoir peut-il regarder ces messieurs, ma tante? demanda Mlle de Cardoville avec surprise.
— Ces messieurs sont d'anciens amis de notre famille, tout ce qui peut vous intéresser les touche, et leurs conseils doivent être écoutés et acceptés par vous avec respect…
— Je ne doute pas, ma tante, de l'amitié toute particulière de M. d'Aigrigny pour notre famille; je doute encore moins du dévouement profond et désintéressé de M. Tripeaud; M. Baleinier est un de mes vieux amis; mais avant d'accepter ces messieurs pour spectateurs… ou, si vous l'aimez mieux, ma tante, pour confidents de notre entretien, je désire savoir de quoi nous devons nous entretenir devant eux.
— Je croyais, mademoiselle, que parmi vos singulières prétentions, vous aviez au moins… celle de la franchise et du courage.
— Mon Dieu, ma tante, répondit Adrienne, souriant avec une humilité moqueuse, je n'ai pas plus de prétention à la franchise et au courage que vous n'en avez à la sincérité et à la bonté; convenons donc bien, une fois pour toutes, que nous sommes ce que nous sommes… sans prétention…
— Soit, dit Mme de Saint-Dizier d'un ton sec; depuis longtemps je suis habituée aux boutades de votre esprit indépendant; je crois donc que, courageuse et franche comme vous dites l'être, vous ne devez pas craindre de dire, devant des personnes aussi graves et aussi respectables que ces messieurs, ce que vous me diriez à moi seule…