— C'est donc un interrogatoire en forme que je vais subir? Et sur quoi?
— Ce n'est pas un interrogatoire; mais comme j'ai le droit de veiller sur vous, mais comme vous abusez de plus en plus de ma folle condescendance à vos caprices… je veux un terme à ce qui n'a que trop duré; je veux, devant des amis de notre famille, vous signifier mon irrévocable résolution quant à l'avenir… Et d'abord jusqu'ici vous vous êtes fait une idée très fausse et très incomplète de mon pouvoir sur vous.
— Je vous assure, ma tante, que je ne m'en suis fait aucune idée juste ou fausse, car je n'y ai jamais songé.
— C'est ma faute; j'aurais dû, au lieu de condescendre à vos fantaisies, vous faire sentir plus rudement mon autorité; mais le moment est venu de vous soumettre: le blâme sévère de mes amis m'a éclairée à temps… Votre caractère est entier, indépendant, résolu; il faut qu'il change, entendez-vous? et il changera, de gré ou de force, c'est moi qui vous le dis.
À ces mots prononcés aigrement devant des étrangers, et dont rien ne semblait autoriser la dureté, Adrienne releva fièrement la tête, mais, se contenant, elle reprit en souriant:
—Vous dites, ma tante, que je changerai; cela ne m'étonnerait pas… on a vu des conversions… si bizarres!
La princesse se mordit les lèvres.
— Une conversion sincère… n'est jamais bizarre, ainsi que vous l'appelez, mademoiselle, dit froidement l'abbé d'Aigrigny; mais, au contraire, très méritoire et d'un excellent exemple.
— Excellent? reprit Adrienne; c'est selon… car enfin si l'on convertit ses défauts… en vices…
— Que voulez-vous dire, mademoiselle? s'écria la princesse.