— Ah! mon Dieu!… je n'ai pas une goutte de sang dans les veines… Qu'est-il donc arrivé?… pourquoi ne le verrai-je pas?

— Hélas! madame… il est arrêté!

— Arrêté! s'écrièrent Rose et Blanche avec effroi.

— Que votre volonté soit faite en toute chose, mon Dieu, dit Françoise, mais c'est un bien grand malheur… Arrêté… lui… si bon… si honnête… Et pourquoi l'arrêter?… il faut donc qu'il y ait une méprise?

— Avant-hier, reprit la Mayeux, j'ai reçu une lettre anonyme; on m'avertissait qu'Agricol pouvait être arrêté d'un moment à l'autre, à cause de son chant des Travailleurs; nous sommes convenus avec lui qu'il irait chez cette demoiselle si riche de la rue de Babylone, qui lui avait offert ses services; Agricol devait lui demander d'être sa caution pour l'empêcher d'aller en prison. Hier matin, il est parti pour aller chez cette demoiselle.

— Tu savais tout cela, et tu ne m'as rien dit… ni lui non plus… Pourquoi me l'avoir caché?

— Afin de ne pas vous inquiéter pour rien, madame Françoise, car, comptant sur la générosité de cette demoiselle, j'attendais à chaque instant Agricol. Hier au soir, ne le voyant pas venir, je me suis dit: peut-être les formalités à remplir pour la caution le retiennent longtemps… Mais le temps passait, il ne paraissait pas… J'ai ainsi veillé toute cette nuit pour l'attendre.

— C'est vrai, ma bonne Mayeux, tu ne t'es pas couchée…

— J'étais trop inquiète… aussi ce matin, avant le jour ne pouvant surmonter mes craintes, je suis sortie. J'avais retenu l'adresse de cette demoiselle, rue de Babylone… J'y ai couru.

— Oh! bien, bien! dit Françoise avec anxiété, tu as eu raison. Cette demoiselle avait pourtant l'air bien bon, bien généreux, d'après ce que me disait mon fils.