— Tes joies?

— Oui, et de grandes… Sans elles… la vie me serait trop lourde… je n'aurais pas le courage de la supporter…

— Je te comprends, dit Céphyse avec émotion, tu trouves encore moyen de te dévouer pour les autres, et cela adoucit tes chagrins.

— Je fais du moins tout mon possible pour cela, quoique je puisse bien peu; mais aussi quand je réussis, ajouta la Mayeux en souriant doucement, je suis heureuse et fière comme une pauvre petite fourmi qui, après bien des peines, a apporté un gros brin de paille au nid commun… Mais ne parlons plus de moi…

— Si… parlons-en, je t'en prie, et au risque de te fâcher, reprit timidement la reine Bacchanal, je vais te faire une proposition que tu as déjà repoussée… Jacques[13] a, je crois, encore de l'argent… nous le dépensons en folies… donnant çà et là à de pauvres gens quand l'occasion se rencontre… Je t'en supplie, laisse-moi venir à ton aide… je le vois à ta pauvre figure, tu as beau vouloir me le cacher, tu t'épuises à force de travail.

— Merci, ma chère Céphyse… je connais ton bon coeur; mais je n'ai besoin de rien… Le peu que je gagne me suffit.

— Tu me refuses… dit tristement la reine Bacchanal, parce que tu sais que mes droits sur cet argent ne sont pas honorables… Soit!… je comprends ton scrupule… Mais, du moins, accepte un service de Jacques… il a été ouvrier comme nous… Entre camarades… on s'aide… Je t'en supplie, accepte… ou je croirai que tu me dédaignes…

— Et moi, je croirai que tu me méprises si tu insistes, ma bonne Céphyse, dit la Mayeux d'un ton à la fois si ferme et si doux que la reine Bacchanal vit que toute insistance serait inutile…

Elle baissa tristement la tête et une larme roula de nouveau dans ses yeux.

— Mon refus t'afflige, dit la Mayeux en lui prenant la main; j'en suis désolée, mais réfléchis… et tu me comprendras…