— Penche-toi un peu en avant, je vais mettre cet oreiller derrière toi; tu seras mieux, et cela te réchauffera encore.
— Comme vous me gâtez tous deux, dit Françoise en tâchant de sourire; et toi surtout, es-tu bon… après tout le mal que je t'ai fait! dit-elle à Dagobert.
Et dégageant une de ses mains d'entre celles de son fils, elle prit la main du soldat, sur laquelle elle appuya ses yeux remplis de larmes; puis elle dit à voix basse:
— En prison, je me suis bien repentie… va…
Le coeur d'Agricol se brisait en songeant que sa mère avait dû être momentanément confondue dans sa prison avec tant de misérables créatures… elle, sainte et digne femme… d'une pureté si angélique… Il allait pour ainsi dire la consoler d'un passé si douloureux pour elle; mais il se tut, songeant que ce serait porter un nouveau coup à Dagobert. Aussi reprit-il:
— Et Gabriel, chère mère!… comment va-t-il, ce bon frère?
Puisque tu viens de le voir, donne-nous de ses nouvelles.
— Depuis son arrivée, dit Françoise en essuyant ses yeux, il est en retraite… ses supérieurs lui ont rigoureusement défendu de sortir… Heureusement, ils ne lui avaient pas défendu de me recevoir… car ses paroles, ses conseils m'ont ouvert les yeux; c'est lui qui m'a appris combien, sans le savoir, j'avais été coupable envers toi, mon pauvre mari.
— Que veux-tu dire? reprit Dagobert.
— Dame! tu dois penser que si je t'ai causé tant de chagrin, ce n'est pas par méchanceté… En te voyant si désespéré, je souffrais autant que toi; mais je n'osais pas le dire, de peur de manquer à mon serment… Je voulais le tenir, croyant bien faire, croyant que c'était mon devoir… Pourtant… quelque chose me disait que mon devoir n'était pas de te désoler ainsi. «Hélas! mon Dieu! éclairez-moi! m'écriai-je dans ma prison, en m'agenouillant et en priant malgré les railleries des autres femmes; comment une action juste et sainte qui m'a été ordonnée par mon confesseur, le plus respectable des hommes, accable-t-elle moi et les miens de tant de tourments? Ayez pitié de moi, mon bon Dieu! inspirez-moi, avertissez-moi si j'ai fait mal sans le vouloir…» Comme je priais avec ferveur, Dieu m'a exaucée; il m'a envoyé l'idée de m'adresser à Gabriel… «Je vous remercie, mon Dieu, je vous obéirai, me suis-je dit: Gabriel est comme mon enfant… il est prêtre aussi… c'est un saint martyr… si quelqu'un au monde ressemble au divin Sauveur par la charité, par la bonté… c'est lui… Quand je sortirai de prison, j'irai le consulter, et il éclaircira mes doutes.»
— Chère mère… tu as raison! s'écria Agricol, c'était une idée d'en haut… Gabriel… c'est un ange, c'est ce qu'il y a de plus pur, de plus courageux, de plus noble au monde! C'est le type du vrai prêtre, du bon prêtre.