Le révérend père était resté assis; montrant d'un geste une table à Rodin, il lui dit d'une voix brusque et hautaine:
— Écrivez… Le _socius _posa son chapeau par terre, répondit par un salut respectueux à l'ordre du révérend père et, le cou tors, la tête basse, la démarche oblique, il alla s'asseoir sur le bord du fauteuil placé devant le bureau; puis, prenant du papier et une plume, silencieux et immobile, il attendit la dictée de son supérieur.
— Vous permettez, princesse? dit le père d'Aigrigny à madame de
Saint-Dizier.
Celle-ci répondit par un mouvement d'impatience, qui semblait reprocher au père d'Aigrigny sa demande formaliste.
Le révérend père s'inclina et dicta ces mots d'une voix sourde et oppressée:
«Toutes nos espérances, devenues récemment presque des certitudes viennent d'être déjouées subitement. L'affaire Rennepont, malgré tous les soins, toute l'habileté employés jusqu'ici, a échoué complètement et sans retour. Au point où en sont les choses, c'est malheureusement plus qu'un insuccès… c'est un événement des plus désastreux pour la compagnie, dont les droits étaient d'ailleurs moralement évidents sur ces biens, distraits frauduleusement d'une confiscation faite en sa faveur… J'ai du moins la conscience d'avoir tout fait, jusqu'au dernier moment, pour défendre et assurer nos droits. Mais il faut, je le répète, considérer cette importante affaire comme absolument et à jamais perdue, et n'y plus songer.»
Le père d'Aigrigny dictait ceci en tournant le dos à Rodin. Au brusque mouvement que fit le _socius _en se levant et en jetant sa plume sur la table, au lieu de continuer à dicter, le révérend père se tourna, et regardant Rodin avec un profond étonnement, il lui dit:
— Eh bien…! que faites-vous?
— Il faut en finir… cet homme extravague! dit Rodin en se parlant à lui-même et en s'avançant lentement vers la cheminée.
— Comment! vous quittez votre place… vous n'écrivez pas? dit le révérend père stupéfait.