C'était l'affaire du comité de chimie, composé de Ferdinand Langlé, d'Eugène Sue et de Delattre; plus tard, Romieu y fut adjoint.
Le comité de chimie faisait un affreux mélange de réglisse et de caramel, remplaçait le vin bu par ce mélange improvisé, rebouchait la bouteille aussi proprement que possible et la remettait à sa place.
Quand c'était du vin blanc, on clarifiait la préparation avec des blancs d'oeufs battus.
Mais parfois la punition retombait sur les coupables.
De temps en temps, M. Sue donnait de grands et magnifiques dîners; au dessert, on buvait tantôt l'alicante de Mme de Morville, tantôt le tokai de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, tantôt le johannisberg de M. de Metternich, tantôt le liebfraumilch du roi de Prusse.
Tout allait à merveille si l'on tombait sur une bouteille vierge; mais plus on allait en avant, plus les virginités fondaient aux mains des travailleurs.
Il arriva que l'on tomba quelquefois, puis souvent, puis enfin presque toujours sur des bouteilles revues et corrigées par le comité de chimie.
Alors il fallait avaler le breuvage.
Le docteur Sue goûtait de son vin, faisait une légère grimace et disait:
— Il est bon, mais il demande à être bu. Et c'était une si grande vérité, et le vin demandait si bien à être bu, que, le lendemain, on recommençait à le boire. Tout cela devait finir par une catastrophe, et, en effet, tout cela finit ainsi. Un jour que l'on savait le docteur Sue à sa maison de campagne de Bouqueval, d'où l'on comptait bien qu'il ne reviendrait pas de la journée, on s'était, à force de séductions sur la cuisinière et les domestiques, fait servir dans le jardin un excellent dîner sur l'herbe.