Tous les empailleurs, comité de chimie compris, étaient là, couchés sur le gazon, couronnés de roses, comme les convives de la vie inimitable de Cléopâtre, buvant à plein verre le tokai et le johannisberg, ou plutôt l'ayant bu, quand, tout à coup, la porte de la maison donnant sur le jardin s'ouvrit et le commandeur apparut. Le commandeur, c'était le docteur Sue. Chacun, à cette vue, s'enfuit et se cache. Rousseau seul, plus gris que les autres, ou plus brave dans le vin, remplit deux verres, et, s'avançant vers le docteur:

— Ah! mon bon monsieur Sue, dit-il en lui présentant le moins plein des deux verres, voilà de fameux tokai! À la santé de l'empereur d'Autriche!

On devine la colère dans laquelle entra le docteur, en retrouvant sur le gazon le cadavre d'une bouteille de tokai, les cadavres de deux bouteilles de johannisberg et de trois bouteilles d'alicante. On avait bu l'alicante à l'ordinaire.

Les mots de vol, d'effraction, de procureur du roi, de police correctionnelle, grondèrent dans l'air comme gronde la foudre dans un nuage de tempête.

La terreur des coupables fut profonde.

Delattre connaissait un puits desséché aux environs de Clermont; il proposait de s'y réfugier.

Huit jours après, Eugène Sue partait comme sous-aide pour faire la campagne d'Espagne de 1823.

Il avait vingt ans accomplis.

La ligne imperceptible qui sépare l'adolescent du jeune homme était franchie. C'est au jeune homme que nous allons avoir affaire.

Le jeune homme.