— C'est notre salle de malades… Heureusement, grâce à notre régime sain et salubre, elle n'est pas souvent au complet; une cotisation annuelle nous permet d'avoir un très bon médecin; de plus, une caisse de secours mutuels est organisée de telle sorte qu'en cas de maladie chacun de nous reçoit les deux tiers de ce qu'il reçoit en santé.
— Comme tout cela est bien entendu! Et là-bas, monsieur Agricol, de l'autre côté de la pelouse?
— C'est la buanderie et le lavoir d'eau courante, chaude et froide, et puis, sous ce hangar, est le séchoir; plus loin, les écuries et les greniers de fourrage pour les chevaux du service de la fabrique.
— Mais, enfin, monsieur Agricol, allez-vous me dire le secret de toutes ces merveilles?
— En dix minutes vous allez comprendre cela, mademoiselle.
Malheureusement la curiosité d'Angèle fut à ce moment déçue: la jeune fille se trouvait avec Agricol près d'une barrière à claire voie servant de clôture au jardin, du côté de la grande allée qui séparait les ateliers de la maison commune. Tout à coup, une bouffée de vent apporta le bruit très lointain de fanfares guerrières et d'une musique militaire; puis on entendit le galop retentissant de deux chevaux qui s'approchaient rapidement, et bientôt arriva, monté sur un beau cheval noir à longue queue flottante et à la housse cramoisie, un officier général; ainsi que sous l'Empire, il portait des bottes à l'écuyère et une culotte blanche; son uniforme bleu étincelait de broderie d'or, le grand cordon rouge de la Légion d'honneur était passé sur son épaulette droite quatre fois étoilée d'argent, et son chapeau largement bordé d'or était garni de plumes blanches, distinction réservée aux maréchaux de France. On ne pouvait voir un homme de guerre d'une tournure plus martiale, plus chevaleresque, et plus fièrement campé sur son cheval de bataille.
Au moment où le maréchal Simon, car c'était lui, arrivait devant Angèle et Agricol, il arrêta brusquement sa monture sur ses jarrets, en descendit lestement, et jeta ses rênes d'or à un domestique en livrée qui le suivait à cheval.
— Où faudra-t-il attendre monsieur le duc? demanda le palefrenier.
— Au bout de l'allée, dit le maréchal. Et se découvrant avec respect, il s'avança vivement, le chapeau à la main, au-devant d'une personne qu'Angèle et Agricol ne voyaient pas encore. Cette personne parut bientôt au détour de l'allée: c'était un vieillard à la figure énergique et intelligente: il portait une blouse fort propre, une casquette de drap sur ses longs cheveux blancs, et les mains dans ses poches, il fumait paisiblement une vieille pipe d'écume de mer.
— Bonjour, mon bon père, dit respectueusement le maréchal en embrassant avec effusion le vieil ouvrier, qui, après lui avoir rendu tendrement son étreinte, lui dit, voyant qu'il conservait son chapeau à la main: