— Couvre-toi donc, mon garçon… Mais comme te voilà beau! ajouta-t-il en souriant.
— Mon père, c'est que je viens d'assister à une revue tout près d'ici… et j'ai profité de cette occasion pour être plus tôt près de vous.
— Ah ça! est-ce que l'occasion m'empêchera d'embrasser mes petites filles comme tous les dimanches?
— Non, mon père, elles vont venir en voiture, Dagobert les accompagnera.
— Mais… qu'as-tu donc? Tu sembles soucieux.
— C'est qu'en effet, mon père, dit le maréchal d'un air péniblement ému, j'ai de graves choses à vous apprendre.
— Viens chez moi, alors, dit le vieillard assez inquiet. Et le maréchal et son père disparurent au tournant de l'allée. Angèle était restée si stupéfaite de ce que ce brillant officier général, qu'on appelait M. de duc, avait pour père un vieil ouvrier en blouse, que, regardant Agricol d'un air interdit, elle lui dit:
— Comment! monsieur Agricol… ce vieil ouvrier…
— Est le père de M. le maréchal duc de Ligny, l'ami… oui, je puis le dire, ajouta Agricol d'une voix émue, l'ami de mon père à moi, qui a fait la guerre pendant vingt ans sous ses ordres.
— Être si haut et se montrer si respectueux, si tendre pour son père! dit Angèle. Le maréchal doit avoir un bien noble coeur, mais comment laisse-t-il son père ouvrier?