— Peut-être…

— Comment, peut-être? quoique mariés vous ne porteriez pas mon nom?

— Mon cher comte, dit Adrienne en souriant, ne poursuivons pas une hypothèse qui ne peut me laisser que… des regrets.

Tout à coup, M. de Montbron fit un brusque mouvement et regarda Mlle de Cardoville, avec une expression de surprise profonde… Depuis quelques moments, tout en causant à Adrienne, le comte avait pris machinalement deux ou trois des volumes çà et là épars sur la causeuse, et machinalement encore il avait jeté les yeux sur ces ouvrages. Le premier portait pour titre: Histoire moderne de l'Inde, le deuxième: Voyage dans l'Inde, le troisième: _Lettre sur l'Inde. _De plus en plus surpris, M. de Montbron avait continué son investigation et avait vu se compléter cette nomenclature indienne par le quatrième volume des _Promenades dans l'Inde; _le cinquième, des _Souvenirs de l'Hindoustan; le sixième, Notes d'un voyageur aux Indes orientales. _De là une surprise que, pour plusieurs motifs fort graves, M. de Montbron n'avait pu cacher plus longtemps et que ses regards témoignèrent à Adrienne.

Celle-ci ayant complètement oublié la présence des volumes accusateurs dont elle était entourée, cédant à un mouvement de dépit involontaire, rougit légèrement; puis, son caractère ferme et résolu reprenant le dessus, elle dit à M. de Montbron en le regardant en face:

— Eh bien!… mon cher comte… de quoi vous étonnez-vous?

Au lieu de répondre, M. de Montbron semblait de plus en plus absorbé, pensif, en contemplant la jeune fille, et il ne put s'empêcher de dire en se parlant à soi-même:

— Non… non… c'est impossible… et pourtant…

— Il serait peut-être indiscret à moi… d'assister à votre monologue, mon cher comte, dit Adrienne.

— Excusez-moi, ma chère enfant… mais ce que je vois me surprend à un point…