— Mais, reprit le père d'Aigrigny, non sans méfiance, car entre gens de même sorte on joue toujours au fin, que Votre Éminence en pense-t-elle, soit par elle-même, soit par les rapports du père général?

— Mais je pense que si son apparent dévouement à son ordre cachait quelque arrière-pensée, il faudrait à tout prix la pénétrer… car avec les influences qu'il s'est ménagées à Rome depuis longtemps… et que j'ai surprises… il pourrait être un jour, et dans un temps donné… bien redoutable.

— Eh bien!… s'écria le père d'Aigrigny, emporté par sa jalousie contre Rodin, je suis, quant à cela, de l'avis de Votre Éminence; car quelquefois j'ai surpris en lui des éclairs d'ambition aussi effrayante que profonde, et puisqu'il faut tout dire… à Votre Éminence…

Le père d'Aigrigny ne put continuer.

À ce moment, Mme Grivois, après avoir frappé, entrebâilla la porte et fit un signe à sa maîtresse.

La princesse répondit par un mouvement de tête.

Mme Grivois ressortit.

Une seconde après Rodin entra dans le salon.

III. Le bilan.

À la vue de Rodin, les deux prélats et le père d'Aigrigny se levèrent spontanément, tant la supériorité réelle de cet homme imposait; leurs visages, naguère contractés par la défiance et par la jalousie, s'épanouirent tout à coup et semblèrent sourire au révérend père avec une affectueuse déférence; la princesse fit quelques pas à sa rencontre.