Rodin, toujours sordidement vêtu, laissant sur le moelleux tapis les traces boueuses de ses gros souliers, mit son parapluie dans un coin, et s'avança vers la table, non plus avec son humilité accoutumée, mais d'un pas délibéré, la tête haute, le regard assuré; non seulement il se sentait au milieu des siens, mais il avait la conscience de les dominer par l'intelligence.

— Nous parlions de Votre Révérence, mon très cher père, dit le cardinal avec une affabilité charmante.

— Ah!… fit Rodin en regardant fixement le prélat; et que disait-on?

— Mais… reprit l'évêque belge en s'essuyant le front, tout le bien que l'on peut dire de Votre Révérence…

— N'accepterez-vous pas quelque chose, mon très cher père? dit la princesse à Rodin en lui montrant le buffet splendide.

— Merci, madame, j'ai mangé ce matin mes radis.

— Mon secrétaire, l'abbé Berlini, qui a assisté ce matin à votre repas, m'a, en effet, fort édifié sur la frugalité de Votre Révérence, dit le prélat, elle est digne d'un anachorète.

— Si nous parlions d'affaires? dit brusquement Rodin en homme habitué à dominer, à conduire la discussion.

— Nous serons toujours très heureux de vous entendre, dit le prélat. Votre Révérence a fixé elle-même ce jour pour nous entretenir de cette grande affaire Rennepont… si grande, qu'elle entre pour beaucoup dans mon voyage en France… car soutenir les intérêts de la très glorieuse compagnie de Jésus, à laquelle je tiens à honneur d'être affilié, c'est soutenir les intérêts de Rome, et j'ai promis au révérend père général que je me mettrais entièrement à vos ordres.

— Je ne puis que répéter ce que vient de dire Son Éminence, dit l'évêque. Partis de Rome ensemble, nos idées sont les mêmes.