— Certes, dit Rodin en s'adressant au cardinal, Votre Éminence peut servir notre cause… et beaucoup… Je lui dirai tout à l'heure comment… Puis s'adressant à la princesse: — J'ai fait dire au docteur Baleinier de venir ici, madame, car il sera bon de l'instruire de certaines choses.
— On le fera entrer, comme d'habitude, dit la princesse. Depuis l'arrivée de Rodin, le père d'Aigrigny avait gardé le silence. Il semblait sous le coup d'une amère préoccupation et subir une lutte intérieure assez violente; enfin, se levant à demi, il dit d'une voix aigre-douce en s'adressant au prélat:
— Je ne viens pas prier Votre Éminence d'être juge entre Sa Révérence le père Rodin et moi; notre général a parlé: j'ai obéi. Mais Votre Éminence devant bientôt revoir notre supérieur, je désirerais, si elle m'accordait cette grâce, qu'elle pût lui reporter fidèlement les réponses de Sa Révérence le père Rodin à quelques-unes de mes questions.
Le prélat s'inclina. Rodin regarda le père d'Aigrigny d'un air étonné et lui dit sèchement:
— C'est chose jugée… à quoi bon ces questions?
— Non pas à m'innocenter, reprit le père d'Aigrigny, mais à bien préciser l'état des choses aux yeux de Son Éminence.
— Alors parlez… et surtout pas de paroles inutiles… Puis
Rodin tirant sa grosse montre d'argent, la consulta, et ajouta:
— Il faut qu'à deux heures je sois à Saint-Sulpice.
— Je serai aussi bref que possible, dit le père d'Aigrigny avec un ressentiment contenu, et il reprit, en s'adressant à Rodin:
— Lorsque Votre Révérence a cru devoir substituer son action à la mienne, en blâmant… bien sévèrement peut-être, la manière dont j'avais conduit les intérêts qui m'avaient été confiés… ces intérêts, je l'avoue loyalement, étaient compromis…