— Quelques mots qui lui sont échappés plus tard m'ont alors inspiré des doutes, répondit Djalma; mais je l'ai d'abord suivi, craignant que le maréchal ne fût en danger… car je sais qu'il a aussi des ennemis.
— Maintenant que je réfléchis, vous avez eu raison, mon cousin, quelque nouvelle trame contre le maréchal était vraisemblable… Au moindre doute, vous deviez courir à lui.
— Je l'ai fait… cependant vous m'attendiez.
— C'est là un généreux sacrifice, et mon estime pour vous s'accroîtrait encore si elle pouvait augmenter… dit Adrienne avec émotion. Mais qu'est-il advenu de cet homme?
— Sur mon ordre, il est monté dans la voiture. À la fois inquiet du maréchal et désespéré de voir ainsi s'écouler le temps que je devais passer auprès de vous, ma cousine, je pressai cet homme de questions, et plusieurs fois il me répondit avec embarras. L'idée me vint alors qu'on me tendait peut-être un piège. Me rappelant tout ce que l'on avait déjà tenté pour me perdre auprès de vous… aussitôt j'ai changé de chemin. Le dépit de l'homme qui m'accompagnait est alors devenu si visible qu'il aurait dû m'éclairer; cependant, pensant au maréchal Simon, j'éprouvais encore un vague remords, que vous venez enfin de calmer, ma cousine.
— Ces gens sont implacables, dit Adrienne, mais notre bonheur sera plus fort que leur haine.
Après un moment de silence, elle reprit, avec sa franchise habituelle:
— Mon cher cousin, il m'est impossible de taire et de cacher ce que j'ai dans le coeur… Causons encore quelques instants (toujours en amis), causons d'un passé qu'on nous a rendu si cruel, ensuite nous l'oublierons à jamais, comme un mauvais rêve.
— Je vous répondrai avec sincérité, au risque de me nuire à moi- même, dit le prince.
— Comment avez-vous pu vous résoudre à vous montrer en public avec…