— J'admire toujours votre pieuse résignation, mon cher fils. Ah! combien cette constante douceur dans l'affliction est agréable à Dieu! Croyez-moi, mon tendre fils, vos larmes et votre intarissable douceur sont une offrande qui, auprès du Seigneur, méritera pour vous et pour vos frères… Oui, car, l'homme n'étant né que pour souffrir en ce monde, souffrir avec reconnaissance envers Dieu qui nous envoie nos peines…, c'est prier… et qui prie ne prie pas pour soi seul… mais pour l'humanité tout entière.
— Fasse du moins le ciel… que mes douleurs ne soient pas stériles!… Souffrir, c'est prier, répéta M. Hardy en s'adressant à lui-même, comme pour réfléchir sur cette pensée. Souffrir, c'est prier… et prier pour l'humanité tout entière… Pourtant… il me semblait autrefois… ajouta-t-il en faisant un effort sur lui- même, que la destinée de l'homme…
— Continuez, mon cher fils… dites votre pensée tout entière, dit le père d'Aigrigny voyant que M. Hardy s'interrompait.
Après un moment d'hésitation, celui-ci, qui, en parlant, s'était un peu avancé et redressé sur son fauteuil, se rejeta en arrière avec découragement, et, affaissé, replié sur lui-même, murmura:
— À quoi bon penser?… cela fatigue… et je ne me sens plus la force…
— Vous dites vrai, mon cher fils; à quoi bon penser?… Il vaut mieux croire…
— Oui, mon père, il vaut mieux croire, souffrir; il faut surtout oublier… oublier…
M. Hardy n'acheva pas, renversa languissamment sa tête sur le dossier de son siège, et mit sa main sur ses yeux.
— Hélas! mon cher fils, dit le père d'Aigrigny avec des larmes dans le regard, dans la voix, et cet excellent comédien se mit à genoux auprès du fauteuil de M. Hardy; hélas! comment l'ami qui vous a si abominablement trahi a-t-il pu méconnaître un coeur comme le vôtre?… Mais il en est toujours ainsi, quand on recherche l'affection des créatures, au lieu de ne penser qu'au Créateur… et cet indigne ami…
— Oh! par pitié, ne me parlez pas de cette trahison… dit
M. Hardy en interrompant le révérend père d'une voix suppliante.