— Mais, mon père, dit M. Hardy avec une sorte d'irritation, vous voyez dans quel état de faiblesse je suis… ayez donc pitié de moi… Je vous en supplie, du calme… je vous le répète, quand ce serait le calme de la tombe; mais, pour l'amour du ciel… du calme…
— Vous jouirez un jour de la paix éternelle des élus, mon cher fils, dit affectueusement le père d'Aigrigny, car vos larmes et vos misères sont agréables au Seigneur. Ce disant, il sortit.
M. Hardy, resté seul, joignit les mains avec désespoir, et, fondant en larmes, s'écria en se laissant glisser de son fauteuil à genoux:
— Ô mon Dieu!… mon Dieu! retirez-moi de ce monde… je suis trop malheureux. Puis, courbant le front sur le siège de son fauteuil, il cacha sa figure dans ses mains et continua de pleurer amèrement.
Soudain on entendit un bruit de voix qui allait toujours croissant, puis celui d'une espèce de lutte; bientôt la porte de l'appartement s'ouvrit avec violence sous le choc du père d'Aigrigny, qui fit quelques pas à reculons en trébuchant. Agricol venait de le pousser d'un bras vigoureux.
— Monsieur… osez-vous bien employer la force et la violence? s'écria le révérend père d'Aigrigny, blême de colère.
— J'oserai tout pour voir M. Hardy, dit le forgeron.
Et il se précipita vers son ancien patron, qu'il vit agenouillé au milieu de la chambre.
XXXII. Agricol Baudoin.
Le père d'Aigrigny, contenant à peine son dépit, sa colère, jetait non seulement des regards courroucés et menaçants sur Agricol, mais, de temps à autre, il jetait aussi un oeil inquiet et irrité du côté de la porte, comme s'il eût craint, à chaque instant, de voir entrer un autre personnage dont il aurait aussi redouté la venue.