Le forgeron, lorsqu'il put envisager son ancien patron, recula frappé d'une douloureuse surprise à la vue des traits de M. Hardy ravagés par le chagrin. Pendant quelques secondes, les trois acteurs de cette scène gardèrent le silence. Agricol ne se doutait pas encore de l'affaiblissement moral de M. Hardy, habitué qu'était l'artisan à trouver autant d'élévation d'esprit que de bonté de coeur chez cet excellent homme.

Le père d'Aigrigny rompit le premier le silence, et dit à son pensionnaire en pesant chacune de ses paroles:

— Je conçois, mon cher fils, qu'après la volonté si positive, si spontanée, que vous m'avez manifestée tout à l'heure, de ne pas recevoir… monsieur… je conçois, dis-je, que sa présence vous soit maintenant pénible… J'espère donc que, par déférence, ou au moins par reconnaissance pour vous… monsieur (il désigna le forgeron d'un geste) mettra, en se retirant, un terme à cette situation inconvenante, déjà trop prolongée.

Agricol ne répondit pas au père d'Aigrigny, lui tourna le dos, et s'adressant à M. Hardy, qu'il contemplait depuis quelques moments avec une profonde émotion, pendant que de grosses larmes roulaient dans ses yeux:

— Ah! monsieur… comme c'est bon de vous voir, quoique vous ayez encore l'air bien souffrant! Comme le coeur se calme, se rassure, se réjouit. Mes camarades seraient si heureux d'être à ma place!… Si vous saviez tout ce qu'ils m'ont dit pour vous… car, pour vous chérir, vous vénérer, nous n'avons à nous tous… qu'une seule âme…

Le père d'Aigrigny jeta sur M. Hardy un coup d'oeil qui signifiait:

— Que vous avais-je dit?

Puis, s'adressant à Agricol avec impatience, en se rapprochant de lui:

— Je vous ai déjà fait observer que votre présence ici était déplacée.

Mais Agricol, sans lui répondre, et sans se tourner vers lui: