— Monsieur Hardy, ayez donc la bonté de dire à cet homme de s'en aller… Mon père et moi nous le connaissons; il le sait bien.

Puis, se retournant seulement alors vers le révérend père, le forgeron ajouta durement, en le toisant avec une indignation mêlée de dégoût:

— Si vous tenez à entendre ce que j'ai à dire à M. Hardy, sur vous… monsieur, revenez tout à l'heure; mais à présent, j'ai à parler à mon ancien patron de choses particulières, et à lui remettre une lettre de Mlle de Cardoville, qui vous connaît aussi… malheureusement pour elle.

Le jésuite resta impassible et répondit:

— Je me permettrai, monsieur, de vous dire que vous intervertissez un peu les rôles… Je suis ici chez moi, où j'ai l'honneur de recevoir M. Hardy. C'est donc moi qui aurais le droit et le pouvoir de vous faire sortir à l'instant d'ici, et…

— Mon père, de grâce, dit M. Hardy avec déférence, excusez Agricol. Son attachement pour moi l'entraîne trop loin; mais puisque le voici et qu'il a des choses particulières à me confier, permettez-moi, mon père, de m'entretenir quelques instants avec lui.

— Que je vous le permette! mon cher fils, dit le père d'Aigrigny en feignant la surprise, et pourquoi me demander cette permission? N'êtes-vous donc pas parfaitement libre de faire ce que bon vous semble? N'est-ce pas vous qui, tout à l'heure, et malgré moi, qui vous engageais à recevoir monsieur, vous êtes formellement refusé à cette entrevue?

— Il est vrai, mon père. Après ces mots, le père d'Aigrigny ne pouvait insister davantage sans maladresse; il se leva donc et alla serrer la main de M. Hardy en lui disant avec un geste expressif:

— À bientôt, mon cher fils… Mais souvenez-vous… de notre entretien de tout à l'heure et de ce que je vous ai prédit.

— À bientôt, mon père… Soyez tranquille, répondit tristement
M. Hardy.