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Rodin et le père d'Aigrigny avaient, on le sait, assisté, invisibles, à cette scène; Rodin, écoutant avec une attention dévorante, n'avait pas perdu une parole de cet entretien. Au moment où Gabriel et M. Hardy se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, Rodin retira soudain son oeil de reptile du trou par lequel il regardait. La physionomie du jésuite avait une expression de joie et de triomphe diabolique. Le père d'Aigrigny, que le dénouement de cette scène avait, au contraire, abattu, consterné, ne comprenant rien à l'air glorieux de son compagnon, le contemplait avec un étonnement indicible.
— J'ai le joint! lui dit brusquement Rodin de sa voix brève et tranchante.
— Que voulez-vous dire? reprit le père d'Aigrigny, stupéfait.
— Y a-t-il ici une voiture de voyage, reprit Rodin, sans répondre à la question du révérend père.
Celui-ci, abasourdi par cette demande, ouvrit des yeux effarés et répéta machinalement:
— Une voiture de voyage?
— Oui… oui, dit Rodin avec impatience, est-ce que je parle hébreu? Y a-t-il ici une voiture de voyage? Est-ce clair?
— Sans doute… j'ai ici la mienne, dit le révérend père.
— Alors, envoyez chercher des chevaux de poste à l'instant même.