— Mais vous disiez tout à l'heure qu'il était trop tard.
— Tout à l'heure je n'avais pas le _joint… _Maintenant je l'ai, répondit Rodin de sa voix brève.
Ce disant, les deux révérends pères quittèrent précipitamment le mystérieux réduit.
XXXVI. La visite.
Il est inutile de faire remarquer que, par une réserve remplie de dignité, Gabriel s'était contenté de recourir aux moyens les plus généreux pour arracher M. Hardy à l'influence meurtrière des révérends pères; il répugnait à la grande et belle âme du jeune missionnaire de descendre jusqu'à la révélation des odieuses machinations de ces prêtres. Il n'aurait eu recours à ce moyen extrême que si sa parole pénétrante et sympathique eût échoué contre l'aveuglement de M. Hardy.
— Travail, prière et pardon! disait avec ravissement M. Hardy, après avoir serré Gabriel entre ses bras. Avec ces trois mots, vous m'avez rendu à la vie, à l'espérance…
Il venait de prononcer ces paroles, lorsque la porte s'ouvrit; un domestique entra et remit silencieusement au jeune prêtre une large enveloppe, puis sortit. Assez étonné, Gabriel prit l'enveloppe et la regarda d'abord machinalement; puis, apercevant à l'un des angles un timbre particulier, il la décacheta précipitamment, en tira et lut un papier plié en forme de dépêche ministérielle, à laquelle pendait un sceau de cire rouge.
— Ô mon Dieu!… s'écria involontairement Gabriel d'une voix douloureusement émue. Puis, s'adressant à M. Hardy:
— Pardon… monsieur…
— Qu'y a-t-il? apprenez-vous quelque fâcheuse nouvelle?… dit
M. Hardy avec intérêt.