— Le voilà bien… toujours bon, toujours juste, toujours grand!… Oh! mon coeur… mon coeur, comme il bat!… fier et radieux… Soyez béni, mon Dieu! de m'avoir créée pour cet amant adoré. Vous voulez donc étonner le monde par les prodiges de tendresse et la charité qu'un pareil amour peut enfanter! L'on ne sait pas encore la toute-puissance souveraine de l'amour heureux, ardent et libre!… Oh! grâce à nous deux, n'est-ce pas, Djalma, le jour où nos mains seront jointes, que d'hymnes de bonheur, de reconnaissance, monteront de toutes parts vers le ciel!… Non, non, l'on ne sait pas de quel immense, de quel insatiable besoin de joie et d'allégresse deux amants comme nous sont possédés… L'on ne sait pas tout ce qui rayonne d'inépuisable bonté de la céleste auréole de leur coeur embrasé!… Oh! oui, oui, je le sens, bien des larmes seront séchées! Bien des coeurs glacés par le chagrin seront ravivés par le feu divin de notre amour!… Et c'est aux bénédictions de ceux que nous aurons sauvés que l'on connaîtra la sainte ivresse de nos voluptés!
Aux regards éblouis de Djalma, Adrienne devenait de plus en plus un être idéal, participant de la Divinité par les inépuisables trésors de sa bonté… de la créature sensuelle par l'ardeur… car Adrienne, cédant malgré elle à l'entraînement de la passion, attachait sur Djalma des regards étincelants d'amour.
Alors éperdu, insensé, l'Indien, se jetant aux pieds de la jeune fille, s'écria d'une voix suppliante:
— Grâce!… je n'ai plus de courage!… pitié! ne parle plus ainsi… Oh! ce jour… que d'années de ma vie… je donnerais pour le hâter!…
— Tais-toi… tais-toi… pas de blasphème… tes années… m'appartiennent…
— Adrienne!… tu m'aimes? La jeune fille ne répondit pas… mais son regard profond, brûlant, à demi voilé… porta le dernier coup à la raison de Djalma.
Saisissant les deux mains d'Adrienne dans les siennes, il s'écria d'une voix palpitante:
— Ce jour… ce jour suprême… ce jour, où nous toucherons au ciel… ce jour qui nous fera dieux par le bonheur et par la bonté… ce jour, pourquoi l'éloigner encore?
— Parce que notre amour, pour être sans réserve, doit être consacré par la bénédiction de Dieu.
— Ne sommes-nous pas libres?