—C’est le compte, dit tout bas l’engagé d’un air fin, il découche toujours de la case une nuit sur trois.
Pendant que le boucanier attachait son ceinturon, le chevalier se dit à lui-même, en regardant le chasseur avec un sentiment de pitié:
—Ma foi! puisqu’il se met de gaieté de cœur le lacet au cou, puisqu’il n’écoute pas mes avertissements, qu’il s’arrange, mordioux! Il paraît que les amants ont, sous ce rapport, juste autant d’intelligence que les maris. Mais comment la Barbe-Bleue, si elle est jolie... il faut qu’elle soit jolie... peut-elle s’accommoder d’un rustre pareil? Pauvre petite... cela est tout simple!... elle ne sait pas le dédommagement que le sort lui réserve...
—Vive Dieu! Croustillac, ton étoile se lève, ajouta le chevalier, après quelques minutes de réflexion.
—Allons, frère... en route... dit le boucanier; mais avant, Pierre va nous envelopper les jambes avec un reste de peau qu’il a là; nous avons à traverser une mauvaise savane pour les serpents.
Le chevalier remercia le boucanier, non sans hausser les épaules avec compassion, en se disant:
—Le malheureux! il me chausse, et moi je le coifferai!
Cette stupide plaisanterie devait être punie et bien fatale à Croustillac, qui suivit son guide avec une nouvelle ardeur, car il allait enfin voir la Barbe-Bleue.