A un cri de reconnaissance du boucanier, l’échelle de la plate-forme descendit; il y monta avec son compagnon, et tous deux entrèrent dans les bâtiments extérieurs.
Arrivés au passage voûté qui conduisait à l’habitation particulière de la veuve, le boucanier dit un mot à l’oreille d’une vieille mulâtresse. Celle-ci prit le chevalier par la main et le conduisit à un escalier pratiqué dans l’épaisseur de la voûte.
Croustillac hésitait à suivre l’esclave, le boucanier dit:
—Allez, allez, frère, vous ne pouvez vous présenter ainsi devant la veuve; je viens de dire un mot à la vieille Jeannette, elle va vous donner les moyens d’être plus brillant qu’un soleil. Moi, je vais annoncer votre arrivée à la Barbe-Bleue.
Ce disant, le boucanier disparut par le passage voûté.
Croustillac, guidé par la mulâtresse arriva dans une chambre très élégamment et très confortablement meublée.
—Mordioux! s’écria l’aventurier en se frottant les mains et en marchant à grands pas, ceci s’annonce bien! pourvu que je puisse paraître à mon avantage. Pourvu qu’un des défunts de la veuve ait eu seulement taille et figure humaines, et que ces habits ne me déflorent pas trop, je parais... je plais... je séduis la veuve, et cette bête brute de boucanier, débusqué par moi du cœur de la Barbe-Bleue, retourne demain, peut-être même ce soir, dans ses forêts.
Croustillac vit bientôt entrer chez lui plusieurs nègres.
L’un était courbé sous le poids d’un énorme paquet.
L’autre apportait sur un plateau d’argent ciselé une écuelle de vermeil, où fumait un consommé le plus appétissant du monde; deux carafes de cristal, l’une remplie d’un vin vieux de Bordeaux, couleur de rubis; l’autre, de vin de Madère, couleur de topaze, flanquaient l’écuelle et complétaient cette légère réfection offerte au chevalier de la part de Madame.