Le Gascon était grand, mais osseux et maigre; les vêtements qu’il portait avaient été faits pour un homme aussi de haute taille, mais large de poitrine et mince de corsage; aussi le justaucorps dessinait-il quelques plis majestueux autour du torse de Croustillac, et ses bas cerise se drapèrent non moins majestueusement autour de ses longues jambes sèches et nerveuses.
Le chevalier ne s’occupa pas de ces légères imperfections dans son costume; il jeta un dernier regard sur le miroir de Venise que lui présentait l’esclave, ajusta ses cheveux noirs et rudes, retroussa sa longue moustache, suspendit sa formidable épée à un riche baudrier de buffle qu’on lui avait apporté, se coiffa fièrement du feutre à tresses d’or et à plumes blanches, et, piaffant dans sa chambre d’un air triomphant, il attendit impatiemment l’heure d’être présenté à la veuve.
Cet instant désiré arriva bientôt.
La vieille mulâtresse qui avait reçu l’aventurier vint le chercher, le pria de la suivre et l’introduisit dans le bâtiment reculé que nous connaissons déjà.
Le salon où Croustillac dut attendre quelques minutes était meublé avec un luxe dont jusque-là il n’avait eu aucune idée; de superbes tableaux anciens, des porcelaines magnifiques, des curiosités d’orfèvrerie du plus grand prix encombraient, pour ainsi dire, des meubles aussi précieux par la matière que par le travail; un luth et un téorbe, dont les ornements d’ivoire et d’or étaient d’une finesse de sculpture extraordinaire, attirèrent l’attention de Croustillac, qui fut ravi de penser que sa future épouse était musicienne.
—Mordioux! se dit le chevalier, serait-il donc possible que la maîtresse de tant de richesses fût belle comme le jour... Non, non, je serais trop heureux.. quoique je mérite un tel bonheur.
Qu’on juge de l’étonnement, pour ne pas dire du saisissement du Gascon, lorsqu’il vit entrer Angèle.
La petite veuve était éblouissante de jeunesse, de grâces, de beauté, de parure; vêtue et coiffée à la mode du siècle de Louis XIV, elle portait une robe de tabis bleu céleste, dont le long corsage semblait brodé de diamants, de perles et de rubis, tant cette profusion de pierreries était disposée avec goût.
Croustillac, malgré son audace, recula d’un pas à cette apparition.
De sa vie il n’avait rencontré une femme si ravissamment jolie, si royalement parée; il ne pouvait en croire ses yeux, il contemplait la Barbe-Bleue d’un air ébahi.