—Me remplacer?
—Oui... après vous, ami.
—Après moi, madame?
—Mais, sans doute, après vous?
—Madame, je ne comprends pas... je ne veux pas comprendre...
—Mais c’est tout simple cependant... comment voulez-vous que je puisse espérer de trouver quelqu’un qui se marie aussi facilement que vous? Oh! non, non, les hommes comme vous sont rares.
—Comment, madame, après moi? s’écria Croustillac abasourdi de cette prévision, vous songez déjà à mon successeur?
—Oui... ami... oui, répondit la veuve avec une petite mine sentimentale la plus touchante du monde. Oui... car lorsque vous ne serez plus, il me faudra encore me remettre en quête, chercher, demander, trouver un cinquième mari... Pensez donc! que de difficultés, que de préventions à vaincre... Peut-être même ne réussirai-je pas... Jugez donc: veuve en quatrièmes noces! Vous oubliez cela: c’est un fait pourtant, voyez-vous... ami. Après vous, je serai veuve en quatrièmes noces?
—Je n’oublie pas du tout cela, madame, dit le Gascon un peu refroidi, et se demandant s’il n’avait pas affaire à une folle, je n’oublie certes pas que, dans le cas où j’aurais eu l’honneur de vous épouser, vous seriez veuve en quatrièmes noces, si vous me perdiez;..... seulement..... il me paraît que vous assignez un terme un peu court à mon bonheur.
—Hélas! oui, ami... dit la veuve d’un ton attendri, un an... et un an... c’est bien court... Un an! cela passe si vite quand on s’aime! ajouta-t-elle en lui jetant un regard véritablement assassin.