—Pourtant, monseigneur, reprit le colonel, je reconnais là le manteau des cavaliers rouges qui combattirent si valeureusement sous vos ordres à cette fatale journée.

—C’est ce que je vous disais... selon que j’ai froid ou chaud, je porte ce manteau; mais c’est toujours pour moi une manière de commémoration... de cette bataille... où les cavaliers rouges ont, comme vous le dites, si vaillamment combattu sous mes ordres.

Le chevalier avait posé sur une table la bonbonnière que la Barbe-Bleue lui avait donnée. Il prit cette boîte et la regarda machinalement; sur la couverture, il reconnut une figure bien caractérisée qu’il avait plusieurs fois vue reproduite en gravure ou en portrait. Après avoir un peu cherché, il se ressouvint que ces traits étaient ceux de Charles II d’Angleterre.

Rutler lui dit:

—Monseigneur, que votre Grâce me pardonne de l’arracher à des pensées qu’il est facile de deviner en voyant le portrait qui est sur cette boîte; mais les moments sont précieux.

Angèle rentra au même moment et dit à Croustillac:

—Monseigneur, les nègres sont là avec un fanal pour vous éclairer.

—Partons, monsieur, dit le chevalier en prenant son chapeau des mains de la jeune femme, qui lui dit tout bas:

—Après mon mari, c’est vous que j’aime le plus au monde; car vous l’avez sauvé...

Bientôt les portes massives du Morne-au-Diable se refermèrent sur le chevalier et sur le colonel, qui se mirent en route, précédés de quatre noirs dont l’un portait un fanal pour éclairer la route.