—Polyphème, vous êtes un fat et un stupide; croyez-vous pas que sa Grâce madame la duchesse de Monmouth serait venue applaudir à votre dernière danse? Encore une fois, Polyphème, vous rusez, vous cherchez toutes sortes d’échappatoires... Vous avez peur d’être pendu, vous dis-je.
—Soit, allons... oui, j’ai bien peur de la potence, j’en conviens, n’en parlons plus... écartons ces probabilités-là... n’admettons pas dans notre avenir cette crainte exagérée, mordioux! on ne vous pend pas pour si peu... tandis que la prison est possible, pour ne pas dire probable... Parlons donc de la prison.
—Eh bien! que vous semble de la prison, Polyphème?
—Eh!... eh!... la prison est monotone en diable; je sais bien que j’aurai la ressource de penser à la Barbe-Bleue, mais j’y penserais autant, j’y penserais même mieux dans la paisible solitude des bois, dans le calme de la vallée paternelle... La vallée paternelle! oui, décidément, c’est là que je veux finir mes jours, rêvant à la Barbe-Bleue. Seulement la retrouverais-je cette vallée paternelle? hélas! les brouillards de notre Garonne sont si épais, que j’errerai longtemps, sans doute, sans retrouver cette chère vallée.
—Polyphème, vous divaguez à dessein, vous voulez échapper à la prison aussi bien qu’à la corde, malgré votre phébus philosophique.
—Eh bien! oui, mordioux! j’y veux échapper; à qui avouerai-je cela, si ce n’est à moi-même? qui me comprendra, si ce n’est moi-même?
—Ceci admis, Polyphème, comment éviterez-vous le sort qui vous menace?
—Jusqu’à présent cette route n’est guère propre à une évasion, je le sais... à droite des rochers, à gauche la mer; devant moi, derrière moi l’escorte... mon cheval n’est pas mauvais; s’il était meilleur que celui du bonhomme Chemeraut, je pourrais essayer de lutter de vitesse avec lui.
—Et puis, Polyphème?
—Et puis je laisserais en route le bonhomme Chemeraut.