Dans une mortelle angoisse, les deux hommes retinrent leur respiration.

Tout à coup, à quelques pas, ils entendirent un bruit continu, précipité, comme si l’on eût battu le sol humide avec un fléau.

L’odeur nauséabonde et subtile que répandent les gros serpents devint de plus en plus pénétrante...

—Le serpent est en fureur, il s’est lové; c’est de sa queue qu’il bat ainsi la terre, dit John d’une voix affaiblie.—Colonel... recommandons notre âme à Dieu...

—Il faut crier pour l’effrayer, dit Rutler.

—Non, non, il se jettera tout de suite sur nous, dit John.

Les deux hommes restèrent quelques moments dans une horrible attente.

Ils ne pouvaient ni se retourner ni changer de position; leur poitrine touchait au sol, leur dos touchait au roc... Ils n’osaient faire un mouvement de recul dans la crainte d’attirer le reptile à leur poursuite.

L’air, de plus en plus imprégné de l’odeur infecte du serpent, devenait suffocant.

—Ne trouves-tu pas sous ta main une pierre pour la lui jeter? dit tout bas le colonel.