—Non... C’est à vous que je parle, dit le Gascon avec impatience.

—Non, fit le boucanier.

—Comment, non? s’écria le chevalier.

—Vous dites camarade, je ne suis pas votre camarade: mon engagé l’est peut-être...

—Mordioux!

—Je suis maître boucanier, vous ne l’êtes pas; il n’y a que mes frères les chasseurs qui soient mes camarades, dit Arrache-l’Ame en interrompant Croustillac.

—Et comment faut-il vous appeler pour avoir l’honneur d’une réponse? s’écria le chevalier avec colère.

—Si vous venez m’acheter des peaux ou de la viande boucanée, appelez-moi comme vous voudrez; si vous venez voir un boucan, regardez... si vous avez faim, quand le marcassin sera cuit, mangez.

—Ce sont de véritables brutes, de vrais sauvages, pensa le chevalier; il serait fou à moi de m’offenser de ses grossièreté; je meurs de faim, je suis égaré, cet animal peut me donner à dîner, et, si je m’y prends adroitement, m’indiquer la route du Morne-au-Diable: ménageons-le.

Puis, contemplant cet homme à demi-barbare avec ses vêtements souillés de sang, Croustillac se dit à lui-même en haussant les épaules: