Le notaire s'inclina légèrement sur sa chaise.

—Je sais, monsieur, que votre discrétion est à toute épreuve...

—C'est mon devoir, madame.

—Vous êtes, monsieur, un homme rigide et incorruptible.

—Oui, madame.

—Pourtant, si l'on vous disait: «Monsieur, il dépend de vous de rendre la vie... plus que la vie... la raison, à une malheureuse mère», auriez-vous le courage de refuser?

—Précisez des faits, madame, je répondrai.

—Il y a quatorze ans environ, à la fin du mois de décembre 1824, un homme, jeune encore, vêtu de deuil... est venu vous proposer de prendre en viager la somme de cent cinquante mille francs, que l'on voulait placer à fonds perdus sur la tête d'une enfant de trois ans dont les parents désiraient rester inconnus.

—Ensuite, madame? dit le notaire, s'épargnant ainsi de répondre affirmativement.

—Vous avez consenti à vous charger de ce placement, et de faire assurer à cette enfant une rente viagère de huit mille francs; la moitié de ce revenu devait être capitalisée à son profit jusqu'à sa majorité; l'autre moitié devait être payée par vous à la personne qui prenait soin de cette petite fille?