—Ah çà! mais si la jeunesse ne baragouine que l'allemand?
—Elle parle parfaitement français. Je lui ferai sa leçon; ne vous occupez de rien, sinon de la recommander très-instamment à Mme Séraphin; ou plutôt, j'y songe, non... car elle soupçonnerait peut-être que vous voulez lui forcer la main... Vous le savez, souvent il suffit qu'on demande quelque chose pour qu'on vous refuse...
—À qui le dites-vous!... C'est pour ça que j'ai toujours rembarré les enjôleurs. S'ils ne m'avaient rien demandé... je ne dis pas...
—Cela arrive toujours ainsi... Ne faites donc aucune proposition à Mme Séraphin et voyez-la venir... Dites-lui seulement que Cecily est orpheline, étrangère, très-jeune, très-jolie, qu'elle va être pour vous une bien lourde charge, et que vous ne sentez pour elle qu'une très-médiocre affection, vu que vous étiez brouillée avec votre cousine, et que vous ne concevez rien au cadeau qu'elle vous fait là...
—Dieu de Dieu! que vous êtes malin!... Mais soyez tranquille, à nous deux nous faisons la paire. Dites donc, monsieur Rodolphe, comme nous nous entendons bien... nous deux!... Quand je pense que si vous aviez été de mon âge dans le temps où j'étais un vrai salpêtre... ma foi, je ne sais pas... et vous?
—Chut!... Si M. Pipelet...
—Ah bien! oui... Pauvre cher homme, il pense bien à la gaudriole! Vous ne savez pas... une nouvelle infamie de ce Cabrion?... Mais je vous dirai cela plus tard... Quant à votre jeune fille, soyez calme... je gage que j'amène la Séraphin à me demander de placer ma parente chez eux.
—Si vous y réussissez, ma chère madame Pipelet, il y a cent francs pour vous. Je ne suis pas riche, mais...
—Est-ce que vous vous moquez du monde, monsieur Rodolphe? Est-ce que vous croyez que je fais ça par intérêt? Dieu de Dieu!... C'est de la pure amitié... Cent francs!
—Mais jugez donc que si j'avais longtemps cette jeune fille à ma charge, cela me coûterait bien plus que cette somme... au bout de quelques mois...